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C Comme Cinéman
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Drive : explication d'un chef d'oeuvre...

Drive : explication d'un chef d'oeuvre...

Film à petit budget peu annoncé et donc peu attendu, Drive n'en est pas moins un véritable succès critique et public, du moins en France. En cette fin d'année de disette cinématographique, il est surtout une très agréable surprise à laquelle il m'est difficile de ne consacrer qu'une critique inévitablement trop courte car soucieuse de ne pas dévoiler l'intrigue. Je rectifie donc la chose en essayant de vous expliquer pourquoi je considère Drive comme un chef d'œuvre. Mais courrez d'abord voir le film si vous ne l'avez pas encore vu !

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L'introduction du film nous plonge sans détour dans le vif du sujet. Au volant de son bolide, un jeune homme roule de nuit à vive allure dans les rues de Los Angeles et s'arrête enfin près d'un hangar dont sortent bientôt deux cambrioleurs et leur butin. Ils grimpent dans le véhicule qui est pris en chasse par la police mais réussit à perdre ses poursuivants dans de sombres ruelles.

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Car « The Driver » connait la ville comme sa poche. La nuit, il propose ses services à des truands en les conduisant d'un point à un autre de la ville, mais sans jamais prendre part à leurs forfaits. Le jour, notre homme est cascadeur automobile pour le cinéma et mécanicien à ses heures dans le garage de Shannon, qui lui décroche tous ses contrats.

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Qui est « The Driver » ?... D'où vient-il ?...

Peu bavard, taciturne, il semble avoir toujours vécu seul. Dans son regard mélancolique se devine un passé trouble et violent, une vie d'épreuves qui ont endurci son caractère. Ce personnage énigmatique et solitaire – dont on ne connaît même pas le nom – nous rappelle la cruelle solitude de nos contemporains qui, bien qu'habitant les uns près des autres dans de froides et impersonnelles immensités urbaines, restent les uns pour les autres d'éternels étrangers.

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Il fait la rencontre d'une jeune femme appelée Irène qui habite avec son fils Benicio dans l'appartement voisin du sien. Pour la première fois de sa vie, notre héros n'est plus seul. Irène ne le laisse pas insensible, de même que la jeune femme – dont le mari est en prison depuis plusieurs années – semble également touchée par son charme et apprécie l'aide qu'il lui apporte autant que la gentillesse qu'il manifeste à l'égard de son enfant.

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Quelques jours s'écoulent pendant lesquels tous trois retrouvent la joie simple qu'ils avaient oubliée depuis longtemps de vivre en famille auprès de gens que l'on aime. Ces instants passés ensemble, en silence souvent – de ces silences évocateurs qui en disent plus long que les mots – sont autant de parenthèses enchantées dans la vie morne et sans but de cet être solitaire, comme ils apportent un peu de bonheur et de réconfort à cette mère abandonnée.

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Quelle prouesse d'acteur de la part de Ryan Gosling et Carey Mulligan de nous faire comprendre par leur seul regard les sentiments qui les rapprochent et qui se passent de mots !...

Une promenade en voiture les conduit tous trois jusque dans un sous-bois, au bord d'un ruisseau, où ils échappent le temps d'un après-midi à la tentaculaire jungle urbaine. Cette incursion chaleureuse de la nature dans le cadre minéral, et glacial, de la ville, semble réveiller chez le jeune homme la sensibilité qu'il cachait derrière le masque impénétrable de son visage.

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Par la sublime photographie, le délicat jeu des lumières et des cadrages, le réalisateur rend cette scène magnifique de douceur et de poésie, comme une illusoire promesse de bonheur avant que nos héros ne soient ramenés à l'austère réalité de leur existence.

Irène apprend que son mari doit sortir de prison : la nouvelle tombe comme un couperet pour celle qui s'était habituée à cette absence, comme pour celui qui commençait à gouter à une autre vie que cette vie de solitude qui avait toujours été la sienne. Peu après, le mari d'Irène – mêlé à la pègre – se trouve enrôlé de force dans un braquage pour s’acquitter d’une dette. « The Driver » décide alors de lui venir en aide pour protéger Irène et le petit Benicio mais le casse tourne mal et le mari d'Irène se fait tuer dans un piège tendu par les malfrats. « The Driver », témoin du meurtre, s'enfuit avec l'argent et devient dès lors leur nouvelle cible.

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Il retrouve Irène et lui propose de s'enfuir avec elle et son enfant. Mais elle refuse : pour unique réponse, elle le gifle ; il ne lui demande pas la raison de son geste car il a compris qu'elle refuse de fuir et de vivre dans la peur – même pour vivre aux côtés de celui qu'elle s'est prise à aimer. « The Driver » réalise alors que tout espoir d'une vie nouvelle a disparu et qu'il ne lui reste plus qu'une chose à faire pour protéger les siens : traquer et tuer un à un ses ennemis, dut-il se sacrifier...

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Irène, qui s'apprêtait à quitter l'immeuble après avoir confié son fils à une amie, emprunte l'ascenseur, suivie par le jeune homme. Un inconnu y monte après eux, un homme que « The Driver » devine être un tueur à la solde de la mafia venu pour les assassiner.

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Dans une scène profondément tragique, le jeune homme donne à Irène un baiser – un baiser qu'il sait être le dernier, déclaration d'amour en même temps qu'adieu à celle qu'il aime – car il s'apprête à faire une chose terrible après laquelle il ne sera plus le même à ses yeux, une chose qu'il fait pourtant pour la sauver : sauvagement, avec une violence qui n'a d'égal que la haine qu'il éprouve envers ceux qui les menacent, il tue le bandit sous les yeux d'Irène horrifiée.

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Quelle puissance dramatique, quelle concentration d'émotion dans cette scène poignante où tout se joue, où se scelle le destin du héros qui y perd à jamais celle qu'il aime... Car cet acte meurtrier l'éloigne pour toujours d'Irène qui ne pourra jamais plus vivre avec cet homme désormais condamné à être poursuivi par la pègre et la police, un homme qui certes s'est rendu criminel pour protéger les siens mais dont elle se demande brutalement qui il est vraiment, cet individu capable de tuer froidement avec une telle violence !

S'en suit l'implacable et méthodique vengeance du jeune homme qui élimine un à un tous ceux qui lui ont enlevé cet amour et l'ont privé de son unique chance d'avoir une vie heureuse. Bernie Rose, le malfrat notoire qui avait commandité l'assassinat du mari d'Irène, donne rendez-vous à notre héros en lui promettant de les épargner en l'échange de l'argent du braquage. « The Driver » se rend à cette rencontre en sachant qu'il n'en sortira pas indemne, car bien entendu le bandit ne tiendra pas parole.

Les deux hommes s'entretuent sur le parking du restaurant où ils s'étaient retrouvés.

La caméra s'attarde sur le héros, un trou sanglant au côté gauche, le regard éteint...

Est-il mort ?...

Mais le jeune homme revient à lui et redémarre son véhicule pour s'éloigner dans le lointain, abandonnant sur le parking les billets de banque ensanglantés.

Cette fin magnifique, empreinte d'une tristesse insondable, qui laisse notre héros s'en retourner à sa vie absurde et solitaire, clôt en beauté le chef d'œuvre de Nicolas Winding Refn.

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